Ody Saban

Une histoire de ventre, d'abord. Un fouillis grouillant et graphique , étonnamment organique, dont les arabesques, les spirales, les labyrinthes, tiennent de l'intestin grêle un soir de cuite, de la chevelure crépue au matin d'une longue nuit d'amour. De la cartographie des itinéraires de ceux â qui vivre donne de l`appétit.

A chaque fois qu'Ody Saban trempe sa plume dans l'encre de Chine , elle invente une foule fluidique au cur de la quelle les lieux, les gens, les souvenirs et les désirs font corps et se déroulent. C'est plein d'eau, de frontières, de nuages. C'est bourré de contacts, de pénétrations, d'ouvertures. Tellement libre. Tellement riche. Qui connaît Ody décrypte au travers de ses images un peu de sa naissance turque, de sa mère juive, de ses amours américaines, de ses voyages, de ses accidents, du miracle de sa fille et de la fougue avec laquelle elle à décidé, définitivement, d'embrasser la vie

Ici, Lilith caresse une unijambiste, là une pyramide fait la nique à un gratte-ciel pendant qu'une orchidée se métamorphose en crustacé. Un peu plus loin, une femme dort, yeux et cuisses largement ouverts. Dans son ventre transparent, deux amoureux font la paix, bien au chaud parmi des cernes multicolores.

Des pigments aux tons solaires, acidulés, et des matières aux allures de sables, renforcent les formes, soulignent leurs cloisonnements et leurs porosités.

Ignorant la perspective classique, l'espace est entièrement nourri. Tapissé, tramé. Et plus l'apesanteur y règne, plus l'existence y prend du poids.

Ody Saban donne à l'infini une plénitude duf.

Au dos de ceux qui s'attardent devant ses images, poussent des ailes de funambules.

Françoise Monnin, Paris, juillet 2000.