Ody Saban, une femme libre

C'est à Bègles que tous ceux qui descendront vers le Sud-Ouest pourront voir la rétrospective de trente années de travail d'Ody Saban, cette artiste dans la fleur de 1'âge. II s'agit de la moitié de la collection que possède le Musée de la Création franche. Longtemps cosmopolite, désormais française, elle a de commun avec Chaissac un autodidactisme cultivé, cette contradiction de plus en plus fréquente, faite de liberté par rapport à tous modèles, même les plus respectés, de recherche - atteinte - de soi, de création de son univers. Celui d'Ody Saban est fait de choix dans son origine turque aux trois religions, et ce choix a été... autre. C'est celui du monde perdu de Çatal Hüyük et de sa Déesse-Mère, ajoutée à la Lilith exclue de la Bible, qui conviennent le mieux à son féminisme virulent. C'est dire que sa peinture est pour une grande part violente et sans loi. Sauf pourtant quand elle dit 1'amour, désormais dominant en sa dernière période (malheureusement la moins présente à Bègles). Quant à ses techniques, elle les emploie toutes, jusqu'à des rouleaux â la chinoise, et des chasubles et masques. En plus, elle est poète, avec une originalité rare de nos jours.
Ody Saban est un cas typique, et un des plus originaux, de cet art naissant qui marquera sans doute 1'entree dans le XXI siècle.

Michel Lequenne