Ody Saban - Exposition "Noir sur Blanc - Mondes Intérieurs"

Ody SABAN est née en 1953 à Istanbul dans une famille juive séfarade, d'un père fabricant de tissus et d'une mère couturière, collectionneuse de vieilles broderies anatoliennes. Ses parents divorcent quand elle a cinq ans. Deux ans après sa mère se remarie avec un peintre musulman, célèbre restaurateur de porcelaines et de miniatures, également musicien et poète. Elle reçoit une éducation catholique chez les soeurs italiennes et françaises. Enfant plutôt tournée vers l'introspection et la rêverie, elle commence à écrire à douze ans de longs poèmes d'amour clandestins qu'elle adresse à un inconnu. A quinze ans, l'équilibre de son adolescence est interrompu par la mort de son père naturel chez qui elle vivait depuis quatre ans. Elle part, l'année suivante, avec son amoureux en Israël et travaille près de trois ans dans un kibboutz. C'est en Israël qu'elle apprend à peindre et sculpter, paral-lèlement à toutes sortes de travaux (à la poste, en usine ou comme secrétaire) pour payer son séjour et ses études à l'Université de Haïfa où elle obtient un diplôme d'Arts Plastiques en 1976. En 1977, à vingt-quatre ans, elle vient s'installer à Paris pour enseigner. Elle vit dans une chambre de bonne à Belleville et gagne sa vie en animant les Ateliers des Enfants du Centre Pompidou. Elle s'inscrit aux Beaux-Arts de 1977 à 1980, les études lui assurant une protection dans la situation précaire où elle se trouve. A partir de cette date, ses activités artistiques sont multiples : danse, peinture, poésie, performances diverses et elle crée des mouvements de femmes artistes autodidactes comme «Singulières Plurielles», «Art et Regard des femmes» et notamment «Art Cloche» en 1983 dans une ancienne usine de matériel de guerre devenue un foyer d'artistes et de clochards. Entre-temps, elle effectue un long séjour à New York en 1980 avec un photographe français, qu'elle épouse à son retour et dont elle aura une fille, Eden, en 1982. A l'heure actuelle, Ody Saban vit dans un appartement à Paris et continue d'évoluer dans un monde créatif hors du commun. Dessins à l'encre de Chine parfois aquarellés, peintures aux couleurs chaudes évoquent un univers fantastique de croyances personnelles où se mêlent les mythologies anciennes de son Proche-Orient, ses passions adoptées et ses lumières d'amour fou. Avec son ami le poète Thomas Mordant, elle est l'auteur d'une série d'oeuvres à quatre mains signées Mordy Sabbath.

Depuis 1977, plus de 30 expositions personnelles ont été organisées autour de son travail à travers le monde. Ses oeuvres sont présentes dans de nombreux musées et galeries, notamment la BNF, le FNAC, la Collection de l'art brut à Lausanne, le Site de la Création Franche et le Folk Art Museum à New-York. Actuellement, deux expositions lui sont consacrées : La Guerre et la Paix à l'American Visionary Art Museum à Baltimore jusqu'en octobre 2002 et à la Galerie Henry Boxer à Londres jusqu'en janvier 2002.

Sans doute que l'ivresse est l'instance majeure qui règne sur ces territoires d'extase sur lesquels plane la main de l'artiste, faisant mouvoir sa plume volante telle une baguette magique. Têtue et pénétrante, sa ligne impulsive jaillit inlassablement, suscitant des méandres fascinants, des noeuds explosifs, des recoins ténébreux où naissent de séduisantes chimères. Le flux quasi automatique qu'elle engendre fait penser à un ruisseau chaud d'où se dégageraient des sanglots de sirènes. D'agiles corps transparents y tournoient, s'entrelaçant, les jambes et les bras accrochés, jouissant d'orgasmes frémissants qui l'emportent définitivement sur l'angoisse. Voici la chanson d'amour toujours recommencée, voici l'orgie annulant toute trace de honte. Partout, les lèvres et les sexes gonflés s'immiscent dans des proliférations à la fois tactiles et métaphoriques, d'où poussent des fleurs, des fruits, des filaments fertiles. Tout vibre et se fait écho. Tout se conjugue : murmure, miasme, mélange, menace, merveille, métamorphose. Et de temps à autre se profile un majestueux phallus, ailé comme à l'antique. Certes l'érotique d'Ody Saban s'impose telle une déclaration d'indépendance et de paix universelle.

Roger Cardinal    Août, 2001

Web Site du Musée Halle Saint Pierre   http://www.hallesaintpierre.org