ECRITURES
AQUARELLES
DESSINS
Exposition collective Imagécrit le texte dans l’image
Du 25 février au 31 mars 2006
Espace La Chapelle Saint Louis, Bar le Duc
Avec
des ex-voto latin, Paella Chimicos, E. Torres, Mis.Tic,
R. Petitbon, F. B. Bouabré, G Baxter, G.Descossy

Oeuvres d’Ody SABAN pendant l’exposition
Ody Saban
Imagécrit :
un dialogue intérieur
Texte Paella Chimicos
dépliant de l’exposition
Espace La Chapelle Saint Louis, Bar le Duc

Aquarelles de la série Cahier Emotionnel 1979, édité dans le depliant
Aquarelles de la série Cahier Emotionnel 1997, exposée en installation
en 1980 à Art et Regard Des Femmes, Paris.
Née en 1985 à Istanbul, Ody Saban s’installe à Paris en 1977 et se lance dans une expression effrénée mêlant intimement la poésie et le dessin.
Telle un séismographe, sa main retranscrit nerveusement les impulsions de son corps et de son esprit tourmentés
De ses automatismes débridés naît un tourbillon de figures hallucinées et protéiformes grouillant dans un désordre équilibré. L’imagerie est fort symboliste, elle recourt fréquemment aux représentations de baisers, de couples, d’unions sexuelles, et surtout de la féminité. L’artiste invente ainsi la lettre « kous », mot signifiant le sexe féminin en arabe ou en hébreux, pendant de « zayin » le sexe masculin. On retrouve ce pictogramme dans la structure même de certaines de ses peintures, dessins et livres peints qui privilégient la sensualité du papier.
Dans son obsessionnelle vitalité Ody Saban – surréaliste et pluridisciplinaire –
Est proche de l’art brut. Pourtant, en Femme – Créatrice, elle s’en affranchit et s’inscrit de façon volontaire dans notre contemporanéité artistique.
Vu général de l’exposition avec les oeuvres d’Ody
Saban. Le rouleau Déroulement N° 1 de 10 mètres
Aquarelles, encre de chine sur papier marouflé à la
toile
datant 1979 est suspendu du plafond.
Dans la vitrine se trouvent des livres uniques et sur
le mur des oeuvres en acyclique. Le tablier de Mélusine
et le tableau avec l’inscription Art Cloche sont exposées
l’une sur l’autre sur le mur.
Galerie
Une Sardine Collée au Mur
Genève, Suisse
Dossier de
Presse
par Flora
Berne
2005
Nouvelle
arabesque ou la cosmogonie d’Ody Saban
Compositions
spontanées mêlant dessins colorés (aquarelle), calligraphies et mots,
ces œuvres se lisent comme un journal intime. Fins tracés noirs,
plages colorées laissent apparaître des saynètes captées du quotidien,
triturées, sublimées métamorphosées par l’artiste. Chaque dessin
est une bribe, une page arrachée ou une histoire en elle-même.
Entre orient et Occident, la fusion dont procède Ody Saban est nourrie des
diverses influences dont elle est elle-même le réceptacle. Elle se livre tel
un sanctuaire, un point d’énergie vitale, un nœud tellurique.
Série
Cahier Intime d’ Ody Saban 1977 à 1979 et sculptures
de Nek
Chand en 1997 à l’exposition Petit Format, Museum
De Stadshof, Zwolle, Pays-Bas. Quelques oeuvres de
cette
série se trouvent au musée Dr Guislain à Gent en Bélgique.
Quotidien « Le
Temps »
20 Septembre 2005
Genève, Suisse
Par LAURENCE CHAUVY
ODY
SABAN, SINGULIERE PLURIELLE
Beaux-arts Journal
d’émotions à Genève
« Ody Saban dessine comme on pleure, sans résistance, affligée, presque pitoyable. Pieds nus et recroquevillée, elle se mire sur le papier glacial. D’abord flous et futiles, ses rapides paraphes gagnent en audace et vigueur », écrit Roger Cardinal, spécialiste de l’art singulier, pour l’exposition qui se tient actuellement à la galerie Une Sardine collée au mur. Une galerie genevoise dédiée à ce type de pratique artistique, qu’on appelait art brut, qu’on nomme aujourd’hui Outsider Art. Pour un art différent.
Une autre approche
de la création
Les artistes représentés dans la galerie ne
sont pas ou pas forcément des autodidactes, ni des malades, ni des vieillards.
Ils ont simplement une autre approche de la création. Ainsi, les dessins
et les peintures, à l’encre et à l’aquarelle, d’Ody Saban répondent-ils visiblement à un
besoin pressant d’expression : l’artiste répond à ce besoin en explorant
son âme et en l’essorant en quelque sorte, pour en extraire les gouttes de
vie, de joie et de douleur. Des gouttes qui se déposent sur le papier et
qui forment parfois, souvent, des mots.
Ces mots eux-mêmes, complètement imbriqués dans la composition, noyés dans la couleur, n’obéissent pas aux règles de la bienséance, ni à celles de la grammaire ou de l’orthographe. Ils sont là pour dire, dans l’urgence, mais pas de manière directe pour autant : dépendants de l’image, ils dialoguent avec elle, la prolongent, entrent dans ses coins d’ombre pour les mettre en lumière, tout en respectant le caractère énigmatique de l’ensemble. Ils forment des bribes de lettres, devin-t-on, ou plutôt de messages griffonnés à la hâte et déposées sur la table du petit déjeuner.
On découvre les fragments d’un « journal émotionnel », de « carnets intimes », un peu drôles, étonnants, et surtout habillés d’oripeaux très colorés et très savoureux : des rouges ondoyants, des bleus délavés, des couleurs et des couleurs encore. Née en 1953 à Istanbul d’un père fabricant de tissu et d’une mère couturière, Ody Saban, qui par la suite a épousé un
Photographe, qui baigné dans les étoffes et leurs nuances chromatiques. A Paris où la vie l’a menée, elle a crée des mouvements de femmes artistes hors les normes comme Singulières plurielles ou Art Cloche. Ses oeuvres, parfois de très petit format, comme des mouchoirs de poche, semblent servir à essuyer les larmes de mouvements difficiles ou la buée sur les vitres, qui cache la lumière.
Ody
Saban :
Nouvelle Arabesque.
Galerie Une Sardine collée au mur,
Genève (rue des Vieux-Grenadiers 10
Tél.022 / 800 09 79. Ma, je 16-18h
sa 14-18h. Jusqu’au 15 octobre.
ROGER CARDINAL
Carton d’invitation
de l’exposition personnelle
Galerie Une Sardine Collée Au Mur, Genève, Suisse
Septembre 2005
UNE NOUVELLE ARABESQUE
Ody Saban dessine comme on pleure, sans résistance, affligée, presque pitoyable. Pieds nus et recroquevillée, elle se mire sur le papier glacial. D’abord flous et futiles, ses rapides paraphes gagnent en audace et vigueur au fur et à mesure qu’elle se penche: elle finit par déverser un étrange flux expressif, une glossolalie visuelle où germent les signes d’un nouvel alphabet passionnel. Au fait, elle ne dessine pas, elle brode. Elle n’écrit pas, elle soupire. Elle n’embrasse pas, elle mord. Sa calligraphie toujours prompte peut ciseler un volcan ou un vol au vent; et partout sur son passage, comme des pétards, on entend partir des dizaines d’aveux amoureux. Conçus entre phrase et figure, ces griffonnages démarquent la surface comme autant d’égratignures indiscrètes sur une épaule découverte. Et sa plume frémissante semble esquisser une annonce de départ, de migration, d’exil, de grands espaces à parcourir entre nid présent et nuage futur. Pourtant, plongées comme des étoiles dans l’encre, ses formules ont de la peine à sortir de l’ombre; elles restent emmitouflées dans une tiédeur ténébreuse, à fleur de peau paresseuse et parfaite. De cette indicible étreinte se dégage un long murmure ondoyant où se love une rare tournure piquante: “C’est pas une nuit blanche mais des journées entières blanches”.

ODY SABAN Indiciple… Photo Hérvé GROSS
Revue
mensuel Juive
Hervé GROSS
23 Septembre 2005-09-23
Genève, SUISSE
ALPHABET
PASSIONNEL
Nouvelle arabesque
La galerie spécialiste dans l’art brut, l’outsider art et le folk art,« Une sardine collée au mur » propose, au public genevois, du 15 septembre au 15 octobre 2005 une magnifique exposition sur l’artiste Ody Saban, au 10 de la rue des Vieux- Grenadiers.
Dédiée
donc à la création dite « marginale », la sardine collée
au mur tient à faire découvrir des créateurs peu ou pas
connus et de permettre à un public pas forcement adepte régulier des
galeries de se faire plaisir et pourquoi pas se porter acquérir des
oeuvres de qualité accessibles à tous.
Sous le titre « La nouvelle arabesque » elle propose donc
un voyage de près de 30 ans dans l’univers créatif d’Ody Saban. Ce bref
résumé de son parcours artistique nous permet de découvrir les multiples facettes
de son inspiration et de son processus créatif. Juive sépharade, née en Turquie,
c’est en Israël qu’elle apprend à peindre et passe un diplôme d’arts plastique
en 1976 avant de venir à Paris où elle vit aujourd’hui et où elle poursuit son
travail créatif.
Comme l’a écrit Roger Cardinal, Ody dessine comme on pleure, sans résistance,
affligée, presque pitoyable. Pieds nus et recroqueville, elle se mire sur le
papier glacial.Elle ne dessine pas, elle brode ; Elle n’écrit pas elle soupire ;
Elle n’embrasse pas, elle mord.Cette artiste sait nous mouvoir et chercher au
très profonds de nos émotions la corde sensible qui va vibrer à la vue
de son nouvel « alphabet passionnel ». Elle réinvente « l’écriture »,
elle transcende le signe pour arriver à l’image. Rien dans le grandiose ou le
flamboiement, mais plutôt par de petites touches comme jets sur le papier, comme
un message que l’on laisse et que le spectateur découvre et décrypte. Tout est
intime et touche aux choses indicibles.
Ody est une artiste qui mérite d’être découverte par le particularisme qui
la caractérise et cette façon de retenir l’émotion avant de la laisser vous pénétrer
pour finalement éclater.
Information
et rendez vous : 022 800 09 79
Galerie web : www.sardine.ch
QUELQUES MOTS
POUR
LES ŒUVRES D’ODY SABAN QUI SERONT EXPOSEES
EN SEPTEMBRE 2005 A LA GALERIE UNE SARDINE COLLEE AU MUR
À Genève en Suisse
Nouvelle Arabesque
Oeuvres imagécrit
Par Ody Saban, janvier 2005
Ce texte explique un peu l’histoire de l’évolution sociale autour de mes quelques aquarelles, installations en aquarelles, des séries comme la série Cahier Intime 1977-1979 , la série Journal Emotionnel 1979-1980 et Déroulement N°I un rouleau de 10 mètres datant 1979. En 1980 ces oeuvres sont appelées Nouvelle Arabesque par le philosophe Marie José Baudinet Mondzain. En 2003 Michael Löwy me nomme Kabbaliste Profane. Jusqu’aujourd’hui je continue à créer des œuvres où écritures et images se trouvent dans le même oeuvre.
Dans ce texte, je ne parle pas de mes livres d’artistes uniques, même si j’expose un seul livre.
En 1977, je suis envoyée par le Ministère de l’éducation d’Israël à Paris pour enseigner deux mois les Arts Plastiques. Normalement je devrais partir à New York après ce travail. Mon billet pour partir à NY était prêt. Entre temps je découvre l’exposition Les Mains Regardent au Musée Georges Pompidou à Paris qui m’enthousiasme énormément. Le musée venait de s’ouvrir nouvellement. Je discute le même jour avec Danielle Girody qui est la commissaire de cette exposition au Musée Georges Pompidou. Alors, à ma grande surprise, après dix minutes de discussion elle me propose de travailler avec elle à l’atelier des enfants du musée. J’accepte sans hésitation la recherche qu’elle me propose. Jusqu’à fin juin 1980 je travaille dans l’atelier surtout avec Marx De Larminat. J’invente des animations. Quand la recherche se termine en 1980 je décide enfin de reprendre ma route pour New York.
En 1978 Danielle Girody me demande voir mes propres œuvres avec imagécrits et ensuite elle me fait rencontrer Dany Bloch la conservatrice de l’Arc du Musée de la Ville de Paris.
En 1978, j’expose pour la première fois ces quelques œuvres de la série de mon Cahier Intime au Salon de la Jeune Peinture, avec le groupe que j’avais animé et nommé Singulières Plurielles. A l’occasion de cette exposition mon texte poétique Une demi-journée, est publié dans le catalogue. Ces oeuvres ont été montré aussi dans l’exposition à FIAP avec Art et Regard Des Femmes en 1979.
En 1979, Dany Bloch m’invite à l’exposition qu’elle organise à Villeparisis,
Travaux Sur Papiers, Objets. Un catalogue est édité. Gilbert Lascault
voit mes œuvres pour la première fois dans cette exposition et me propose
d’être son artiste invitée pour la revue
La Quinzaine Littéraire au Salon d’Artiste Indépendant au Grand Palais en 1980. Dans
le catalogue du salon G. Lascault écrit :
{Il s'agit d'ébauches de récits, volontairement interrompus ou brouillés d'un journal intime perturbé. Ody Saban lance des bouteilles à la mer (...) Elle aime que "ça" se mêle, se superpose, que les énergies se dispersent et se diffusent. Elle se méfie des structures trop fortes, des formes trop parfaites}
La même année, à la demande de Danielle Girody je suis la seule responsable et la seule animatrice des animations Jeux d'Ecriture dans les écoles du 15éme arrondissement de Paris et à la Galerie de l’A.D.A.C Annic LeMoine. J’organise l’exposition des œuvres d’enfants Jeux d'Ecriture à la Mairie du 15ème arrondissement.
Je fais la connaissance du philosophe Marie José Baudinet Mondzain qui écrit un texte pour mon exposition se titrant Déroulement, à Art et Regard des Femmes à Paris en 1980. Sous le titre de «Images, Exil. Réflexion sur la spécificité de la position de Ody Saban entre deux cultures : une culture aniconique de l’écriture et les ambiguïtés de l’imagerie occidentale. Recherche d’une identité, sans identifications, possible ? Problème de l’iconoclasme et l’iconographie », elle donne une conférence sur mes oeuvres pendant l’exposition, Le même texte serait publié dans le Livre de Poche de 10 / 18, Revue Esthétique à Paris, page 321 à l 334 en 1980, à Paris.
A l’occasion de la même exposition Dany Bloch écrit dans la revue Art Presse à Paris, en septembre 1980.
{Le travail d’O Saban s’est longtemps articulé autour d’arabesque -influences des miniatures turques et de la calligraphie orientale qui mettaient en scène des personnages non identifiables retraçant, au gré d’une ligne fantaisiste et de signes illisibles, les fantasmes d’une mémoire volontairement anarchique. Aujourd’hui, elle travaille sur d’immenses rouleaux de papier, qu’elle déroule petit à petit pour les mouiller, les froisser à même le sol, laissant s’y imprégner d’inégales coulures de peinture. Par le biais de ce « dripping » , la couleur devient signe en fusion, se développant en spirale, s’enroulant sur elle-même, se recoupant souvent, et débouche sur une série d’informations visuelles, parfois répétitives.
Pour O. Saban le geste est fondamental. Parfois machinal, incalculable, incontrôlable, il transmet tension ou équilibre, investit dans sa totalité l’espace du papier par le signe/couleur. Parfois contrôlé, le geste fait naître un conflit entre deux éléments paraissant indissociables (ligne/coulure de peinture, texture sèche ou mouillée, froissée du papier avec ses dimensions, déchirure/limites de la feuille, etc.). Par le biais du geste, l’argument du discours se noue, se perd, se croise puis se rompt définitivement dans un éclatement désordonné de couleurs…
Dans la Revue 100 Idées du N°79 en mai 1980 à Paris est publié ce texte sur mes deux rouleaux. « Déroulements et déchirures »
{O. Saban, peint sur un grand rouleau à toucher, lisse. Elle va du haut vers le bas, et continue à L’infini. Cela n’a pas le format d’un tableau mais d’un déroulement sans fin. Elle écrit, et elle peint en courant, en marchant, assise par terre, à genoux, elle raconte la société, ce qu’elle voit, ce qui la touche ce qui touche ses amis.
Elle utilise toutes sortes de papiers et sur chaque papier l’outil change : aquarelle, pinceau, plume, fusain, encre. Pour dessiner la mer par exemple, elle trace des vagues en lignes ondulées, qui deviennent écritures, formes ou histoires. « Taches, lignes, mots, formes, figures couleurs ne peuvent pas être séparés les uns des autres, c’est un déroulement sans fin.}
Mon texte sur les mêmes œuvres est publié à l’occasion de l’exposition « Actualité de Dessin » à La Maison de la Culture de Grenoble en juillet 1980, dans le journal N° 7 « Pour moi…le dessin…l’amour…est la rencontre de l’axe de vie intérieure/estomac avec l’histoire/extérieure… L’orgasmographie…c’est circuler en sortant du centre vers l’ailleurs…au delà du haut, du bas, du devant, du derrière…du corps, des corps. C’est un Plaisir qui va au delà de la perception visuelle et perspective qui vit au travers des sensations, des émotions, des désirs. Le désir raconte des histoires. J’aime changer l’histoire. Comme dans la vie. Changer d’échelon. Monter, descendre, remonter, redescendre. Et ne pas rester sur la même marche ! »
Mon rouleau Déroulement I avec des écritures a été exposé au Centre Américaine de Paris en 1981 dans l’exposition de Livres d’artistes et la même année à la Galerie de L’Oeil de Bœuf à Paris chez Cérès Franco, œuvres de 10cm à 10 cm. Toujours en 1981, dix de mes aquarelles de la série 1979 Stromboli, tous de dimensions de 74, 5 X 61 cm, à l’exception une, brûlent dans une incendie au restaurant Picollo Théatre au Marais, à Paris et l’assurance du restaurant me paie. La seule aquarelle qui est sauvé s’appelle, Je sais, je connais ton nom.
Elles
serait exposée à l’exposition à la galerie Une Sardine Collée Sur Le
Mur.
En 1982 mes œuvres de cette série sont exposées au Musée des Arts Décoratifs
de Paris et en 1983 à la galerie
Miyazaki à Osaka au Japon, dans l’exposition intitulée "Livres d'Artistes".
En 1984 Marianne Montchougny Responsable
du Service Municipal d’Arts Plastiques de La Mairie de la
Ville de Choisy Le Roi, voyant mes œuvres et mes deux livres où mes écrits et
dessins sont séparés sur New York, en 1982 à l’exposition à la Galerie L’Usine à Paris,
me propose en carte blanche, un contrat avec une commande pour que je puisse œuvrer
pendant un an sur la ville. Un livre avec dessins et texte, une installation
en plusieurs sculptures, une série d’aquarelles naissent et sont exposées au
Théâtre Paul Eluard. Les aquarelles datant 1984 qui seront exposées dans la Galerie
Une Sardine Collée au Mur sont une partie de la série de Choisy Le Roi. Les autres œuvres
ont été acheté par la ville est se trouve dans la Mairie de Choisy. En 1985 dans le Journal Bimestriel du CMAC du Théâtre Paul Eluard pour
mon exposition « La Narcisse, Le Soleil et La Seine » Marianne MONTCHOUGNY écrit : {À O. Saban, on avait dit d’aller
voir à Choisy s’il y avait un labyrinthe. Dédale et Ariane wanted, à vous de
les retrouver. On connaissait sa façon de mêler l’écriture au dessin et de reconnaître
partout ce qu’il cherchait. Dans sa tête, des mémoires de femmes voilées et muettes,
sous ses yeux les visages d’hommes solaires, porteurs de bouche au front. O.
Saban est turque, a voyagé beaucoup, écrit le livre de New-York et le sien, quoiqu’il
arrive, d’une ville l’autre. De Choisy, elle guettait un signe, une lumière avec
avidité. Le crayon, la plume, sismographe alertés, rayèrent la feuille des rails
de chemin de fer et de fils électriques.
On circulait, on circulait avec fièvre et toujours dans le même sens dans la ville quadrillée par les boîtes - automobiles, survolée par les boîtes – avions.
Dans le parc, elle s’asseyait près du bassin. Près de la Seine et des pêcheurs, elle s’asseyait. Et dans les cafés, elle écoutait. A la gare ou sur le pont, elle rencontra La Reine. Cette femme informe encore et mal polie, porte parfois une baguette de pain frais.
Le papier mousseline, si fragile, boit les couleurs de l’eau et mouille un peu le graphisme rapide et rageur. En douce, elle est très en colère, Ody. Elle en appelle à l’Escargote, spirale omniprésente et même au bout du sein d’une passante. L’Escargote et la Reine et la Narcisse vivent au bord de l’eau. Le Fou agite ses grelots. Ody moule le masque et le corps du jaune et du rouge, symboles masculins. Elle leur ouvre au front la bouche de l’intelligence, de la raison et la Reine les injurie. Le bleu est femme et coule en boucle, s’élève en vapeurs qui ne connaissent pas le sens obligatoire. Le peintre - femme vous dit que le pont de Choisy n’est jamais traversé pour l’échange et la communication. Les paroles entendues sont fausses, seuls les graffiti sonnent juste. Le désespoir du peintre et ses griffes font couler une sève multicolore : aquarelles et dessin, livre d’instantanés graphiques où se recouvrent symboles personnels et quotidien choisyen. Roman d’une recherche.
De rendez-vous manqués en découvertes prévisibles, O. Saban nous donne : le délire qu’elle désire, la lucide qualité d’images très travaillées, la mise en scène, pour papier plan et relief, d’un monde hybride.}
En 1988 Les Fonds National d’art Contemporain FNAC de Paris acquirent des oeuvres avec des écritures dans mes œuvres. Dans le Catalogue Fonds National d’Art Contemporain en 1989 Acquisitions Annie Chevrefils Desbiolles écrit :
[Les dessins d’O. Saban sont le plus souvent dédaléens, comme la mémoire. Mémoire au travail à la manière d’un rêve développant un espace en spirale, sans fond, avec des effets de condensation et de camouflage. Une vision dont les sources sont à rechercher dans une ville qui a vu naître l’artiste, Istanbul, toujours imprégnée d’une culture traditionnellement iconoclaste. Les dessins à la plume brodent le papier. La main court, tisse, presque automatiquement, comme le ferait celle d’une tapissière.
1979 : Paris. Les chiffres, le choc d’une arrivée dans un monde d’images. Les jardins doivent être oubliés. L’arabesque des premières peintures abstraites fait place à des visages, mais ces visages sont masques ; ils paradent. Quelques traits, gestes, rythmes, mots à peine lisibles, chiffres jetés, s’entrelacent et délimitent des corps morcelés, solitaires. Des cris, intérieurs, se mêlent aux voix cacophoniques.
1984, Choisy-le-Roi, l’artiste est invitée à traverser une autre ville. Déjà les œuvres se remplissent de signes aux sens obscurs que côtoient des figures mythologiques.
1986, Gorgone et le taureau battu, Avant le vide, Le chaos, Sans issue. L’ordre cosmogonique s’allie au désordre terrestre. L’encre fait tache et la couleur éclabousse. Aux côtés de la clé de vie d’Isis, les mains qu’Ody a vues en rangées sur les fresques d’une des plus anciennes cités du monde, Catal Hüyük, s’immiscent de manière obsessionnelle dans les dessins. Les symboles sont devenus les éléments d’une écriture intense, serrée, féminine et actuelle.]
En 1993 mes dessins Pictogrammes sont exposés à la galerie L’art Modeste à Paris.
En 1997 mes œuvres de petits formats sont exposées dans l’exposition Petit Format au Museum De Stadshof à Zwolle au PaysBas avec les oeuvres de Nek Chand et autres. A cette occasion il y a un catalogue. Une partie de ces oeuvres restent dans la collection et cette collection se trouve aujourd’hui au musée Dr. Guislain à Gent en Bélgique. Aussi, quelques œuvres de mes œuvres des années 1977 avec des imagécrits se trouvent dans la collection au Musée de La Création Franche à Bègles, en France ainsi que des oeuvres datant les années 60. D’autres oeuvres se trouvent dans des collections privées.
Mon texte Voyage vers l’autre à travers mon propre inconnu, est édité dans la revue Surréaliste S.U.RR…N° 2 à Paris, dans le thème d’inpériances, en 1997.
En 2003 j’invente une lettre s’appelant KOUS ou POTE. Mes dessins de cette époque qui seront aussi exposés à la Galerie Une Sardine Collée au Mur sont alors exposés au Musée de La Création Franche à Bègles en France en 2003. Dans le dépliant il y a mon texte Jouissance de la lettre féminine (lettre ouverte aux alphabets) et celui de Michael Löwy, Ody Saban kabbaliste profane. Depuis la lettre Kous a un nombre et ce nombre est 0, l’infini. Elle a sa place dans l’alphabet.
Mes
images/textes sont aussi mes livres uniques que j’ai nommé Ma Bibliothèque.
Dans plusieurs expositions personnelles et de groupe constamment mes
oeuvres imagécrits se montrent. Ca existe aussi un film de 2002 en
DV, DVD, VHS de 60 minutes : Portrait Ody Saban (ma
bibliothèque, Squatt Art Cloche, Lettre Kous, » filmé et monté par
Sylvie GROSCHATAU. Le film a été projeté pendant l’exposition des Squatts au
musée Palais de Tokyo et se trouve dans l’archive du musée de Palais de Tokyo à Paris.
Fabienne Dumont termine sa thèse de doctorat en 2004, « Femmes et
art dans les années 70 (Paris, 1970-1982) »"Douze ans d'art contemporain" version
plasticiennes.Une face cachée de l'histoire de l'art. Les pages de 353-359 sont
consacrées à mes oeuvres « Ody Saban : femmes, mythes et érotisme ».
Cette thèse serait bientôt éditée par l’édition Harmattan à Paris. Fabienne Dumont
analyse cette époque des arabesques de 1977 à 1982 avec un autre regard.
Enfin, Roger Cardinal écrit dans le carton d’invitation de cette exposition
de la Galerie Une Sardine Collée Au Mur le texte s’appelant Nouvelle Arabesque.
LIVRE DE POCHE _ 10__ 18
L’ART INSTAURATEUR
Revue d’esthétique
1980/3-4
de Ody Saban, avec des diapositives
sur les œuvre de Ody SABAN en imagécrits.Animation
Images, Exil. Réflexion sur la spécificité de la position
de Ody Saban entre deux cultures : une culture aniconique de
l’écriture et les ambiguïtés de l’imagerie occidentale.
Recherche d’une identité, sans identifications,
possible ?
le 06 mai 1980
Exposition « Déroulements, nouvelle arabesque, imagécrit »
Art et Regard Des Femmes, Paris
Raconter ce qui arrive à l’une dans ce qui a pu arriver à l’autre ailleurs en d’autres temps…espace image et la mémoire
La mémoire se compose me compose et l’espace prend forme alors seulement une certaine décomposition comme celle que l’on dit d’un cadavre quand il demande à retrouver la terre pour la nourrir pour s’en nourrir dans le jardin c’est le compost
Histoire d’un corps qui fait naître l’espace, et l’espace qu’il fait naître est celui de sa naissance elle-même.
Une première ville c’est Istanbul l’Islam des femmes non voilées
C’est l’Islam où les mosaïques et les icônes ont dû quitter les basiliques byzantines---- Sainte-Sophie déguisée en mosquée----Istanbul avec un architecte immense : Sinan.
Pas un bruit----seulement celui des jardins et celui de l’eau, seul pour encercler le temps de la prière à l’heure où le muezzin appelle.
Au plafond sur les murs : l’arabesque : l’entrelacs des arabes qui ordonne à l’œil de jouir pour comprendre, de se perdre pour franchir.
L’arabesque sans début ni fin. Ici aucun geste humain qui soit inaugural, la main humaine ne commencera jamais rien, elle poursuit inlassablement, elle poursuit une œuvre qui a son lieu dans l’éternité. L’homme arrive tard toujours après Dieu en ce pays où la femme, elle, n’arrive jamais
Ici la femme a des pieds des pieds nus qui foulent et qui marchent Elle a aussi des mains qui tissent qui brodent ou qui moulent le grain
Elle a des pieds pour marcher et n’a nulle part où aller, elle a des pieds pour rester sur place, sur place sans s’arrêter
Souvent le monde entier, son monde, se résume dans l’espace d’une maison, son territoire géré ordonnée au rythme de ses gestes, au rythme de ses pas
Au-dessus de tout le ciel de l’Europe et de l’Asie, ce lieu, les Grecs l’appelaient le Pont
Dans les palais c’est le ciel des arabesques, savantes torsions des stucs qui acheminent le regard vers l’indéchiffrable floraison des sourates prophétiques
Dans le Coran Mahomet n’interdit pas l’image. Il condamne et répudie l’idole, il bannit les fétiches ---- Comme l’empire menaçant des chrétiens n’était pas loin ----- eux les adorateurs du visage ---- la chasse à l’idole s’est identifiée à la chasse au chrétien. Tous les simulacres furent bannis. Toute image humaine, toute représentation figurative devint sacrilège
Mais sans regard il n’est point d’amour ni même d’obéissance. L’Islam opte pour un art non figuratif c’est-à-dire une pratique du trait qui présente la vérité dans son retrait et non pas dans ses affleurements provisoires. L’alphabet des lettres est pris dans le réseau des impératifs numériques et rythmiques
Il en résulte ce que j’appellerai : un autoportrait de la raison en labyrinthe et en jardin
L’œil se promène dans le jardin des formes et des couleurs. Au plafond : la mosaïques les stucs ; au sol, les tapis ; sur les meubles l’incrustation et la marqueterie ; au vêtement la broderie. La vérité du monde est un paradis de gemmes et de fils où l’on s’égare en un bonheur interminable.
Le plaisir du trait propre à l’écriture n’abandonne pas la lisibilité du message spirituel même quand le calligraphe ne semble plus guidé que par les impératifs d’une divagation formelle
Chaque élément germe, grandit et puis se fend, se divise et se multiplie, repart et prolifère en bourgeons. Le geste a planté des boutures qui germent sans fin ; la forme envahit méthodiquement l’espace comme un geste du lierre
Fécondité innombrable et maintenue par le rythme La répétition semble devoir endormir le corps pour l’éveiller à la pensée de l’être, au sens des mots cachés
La fécondité de l’arabesque fait inévitablement penser à une figure matricielle qui se gonfle sous l’effet d’un élan organique Les coupoles sont le ventre et le sein des femmes qui n’en finissent jamais de fleurir Ciel-ventre Ciel-mer Invisible, silencieuse et secrète le modèle de toutes les fécondités est omniprésent, la femme.
Dans l’écriture, la calligraphie entrelace ses nœuds propres et ses volutes Istanbul, Topkapi : un immense jardin habité par ce délire cadencé. Les yeux se brouillent perdant toute piste assurée entre trois mers et deux continents
Chaque palais enfoui sous les lauriers et sous les roses propose à l’œil un exercice singulier
J’ai entendu dire que le père de l’enfant dont je parle était restaurateur des splendeurs de Topkapi
Nulle part ne se manifeste le visage de l’homme Jamais il ne se montre et c’est là la condition pour que Dieu apparaisse. Apparaître n’et pas se montrer ----- ce n’est pas combler les yeux avec des simulacres
Le Dieu des chrétiens a revêtu l’apparence d’un homme mais dieu en est-il autant apparu ? prendre une apparence c’est donner l’illusion. Le Dieu de l’Islam comme d’ailleurs celui des Juifs est incompatible avec le moindre travestissement. Il se refuse à l’illusion
Renoncer à montrer pour manifester la pure présence voilà l’exigence qui permet de reconnaître les liens qui unissent peut-être tous les
Maîtres de l’abstraction, Malevitch, Kandinsky…
Dans l’art islamique l’apparition s’opère dans les figures de la fécondité établie sur le silence et le mépris des femmes ---- Ne risquaient-elles pas de reconnaître leur pouvoir dans ces images du jardin de leur corps : Corps arabesque, corps jardin, terre et mer ?
L’enfant qui a levé dès l’aube les yeux sur ces jardins-là en reste marquée pour toujours
Quand elle fuit le silence et la servitude ce n’est que pour mieux dire ailleurs, nécessairement ailleurs, pour toujours ailleurs, que c’était là son lieu, son espace et son sol. La petite fille a lu et sa mémoire le lui répète : elle a recueilli en ces lieux les premières figures de sa liberté et de son asservissement Entre la Corne d’or et le Bosphore, Istanbul peut figurer parmi les grands sanctuaires du regard et du désir au même titre que Venise ou Calcutta La mémoire de l’enfant fait corps avec la lagune là où la vie épaule la mort comme la grève et le quai offrent leurs épaules à l’eau
Dans la géographie du désir : l’étrange et inquiétante figure des deltas ----- Là où le fleuve prend bouche avec ma mer. Delta : c’est ainsi que les Grecs nomment le sexe des femmes
Ody Saban est partie ----- partie pour Israël ------ Passée une première frontière, le corps et le cœur pleins de certitude et d’insécurité à la fois
Déjà si loin de l’Islam et pourtant jamais si proche. Ici encore un peuple qui refuse l’idolâtrie. La guerre livrée au veau d’or est impérative car la voix même de Dieu s’en est mêlée Mais si le judaïsme est essentiellement oriental, le Juif reste inséparable du chrétien dont il est la source vive et l’obsession fascinante. Interdiction de figurer. L’image et le mot sont inséparables. Interdiction de prononcer le nom du Père L’écriture et la forme s’enroulent l’une autour de l’autre autour d’un silence fondateur d’où pourra surgir l’abstraction
Il ne peut être question d’identifier le travail d’Ody Saban à un quelconque art juif qui serait spécifiquement en lui-même Sa culture plastique a très largement puisé dans la tradition occidental où l’on rencontre de grands peintres juifs particulièrement du côté de la création non figurative Je crois surtout qu’elle a trouvé dans les kibboutzim cette singulière combinaison qui associe la discipline et les exigences de la vie collective à la spontanéité de l’individu et des groupes Mais il n’est pas possible de l’épingler, de la circonscrire dans ce territoire particulier ni à l’intérieur des influences qu’elle y a subies. D’ailleurs, plutôt que de gloser autour d’un art juif mieux vaudrait méditer sur ce que doit toute l’histoire de l’art à la pensée juive en général. Pensée du nom, de la forme, de la figure et de la parole.
Ody Saban assimile, rebondit, puis glisse ailleurs. Elle ne retient dans ses gestes que cette chorégraphie inquiète où désormais l’écriture et l’image composent leurs inextricables entrelacs
L’arabesque n’est plus l’éden coranique des grands palais et des somptueuses mosquées du Pont. Elle est là sous une forme nouvelle, dans un tressage indissociable du visible, du lisible et de la voix
La figure éclôt des mots eux-mêmes le texte devient mer visage soleil. Chaque œuvre se développe à l a fois comme une anatomie secrète et comme la géographie de ses périples aussi bien réels qu’imaginaires On peut parcourir la surface dans tous les sens
Tout lieu où l’on arrive est un endroit d’où il faut repartir. Le geste semble courir, nerveux, à la recherche du vrai nom des choses et de leur vrai visage. Rien n’est jamais complètement dévisagé.
L’arabesque n’est plus ce jardin où les oiseaux roucoulent sur le silence des femmes
Elle est devenue un foisonnement sauvage de taillis qui surgissent comme une végétation exubérante en plein milieu du désert. L’arabesque perd tout centre et devient le vrai chemin d’exil Plus rien de circulaire. Le geste maintient son suspens
L’ordre de la page n’est plus incantatoire ni à finalité spirituelle C’est l’ordre d’un vagabondage des sens et des mots. Sur la page le mot et l’image courent la même aventure ce n’est plus la tige mais le trait qui bourgeonne tantôt en fleurs tantôt en mots ----- et les mots sont des images et les formes résonnent comme les mots
L’arabesque est partout dans tous ces fils qui tracent des chemins ces chemins sont peut-être comme ces Holzwege qui « ne mènent nulle part » parce que l’être qu’ils poursuivent n’a pas de lieu…
Ainsi l’image et l’écriture se conjuguent sans se confondre chacune s’inscrit comme le bord de l’autre. Le geste n’est que le vent qui froisse tour à tour les champs de la terre et de l’eau.
Quand elle est venue en France, Ody Saban a rencontré une culture qui vit dans l’image, par elle, à travers elle, depuis des siècles ---
La civilisation chrétienne est tout entière fondée sur la visibilité de son Dieu depuis ce qu’elle nomme le mystère de l’incarnation ----
En tout cas ce qu’il en résulte pour l’Occident n’a rien de mystérieux Depuis le VI e siècle environ toute la pensée du pouvoir est indissociable de la pensée de la représentation la totalité du monde visible est une députation de l’invisible
La peinture s’est donc chargée de nous renvoyer dans d’exquis miroitements les reflets innombrables des fantômes et des simulacres parmi lesquels nous vivons Cette peinture n’en était pas moins inquiétante et les redoublements de l’illusion figurative ont fini par faire douter du visible
C’et ainsi que l’avènement de l’abstraction en peinture est inséparable de la profonde remise en cause de toute l’idéologie bourgeoise qui fit la prospérité du XIXe siècle.
On sent bien chez Ody Saban la fascination pour les expériences contemporaines qui interrogent le trait, la forme, le hasard, l’aléatoire, l’éphémère… ainsi que pour celles qui concernent la relation entre les différents arts
Tout est là mais rien ne s’y trouve sur le mode d’une identification rassurante pas plus qu’elle n’est une artiste juive ou musulmane elle n’est à proprement parler gestuelle, tachiste, conceptuelle… Toutes ces explorations constituent des ponts de départs c’est-à-dire des lieux d’où elle prend son propre élan pour s’en séparer
J’ai pris le soin de lire les textes qui germent dans les images chaque fois qu’ils étaient lisibles, j’y ai trouvé les échos de voix multiples les unes sortaient d’elle mais elle n’était plus là, les autres sortaient de bouches inconnues, d’archipels polyglottes et toutes la feuille devient comme le dessin de son oreille, membrane attentive, organe d’émerveillement, et puis soudain de douleur ou d’effroi.
Ce travail de femme n’a rien d’un grand cri féministe vaginal ou utérin ; là encore, la féminité ne devient pas un territoire balisé destiné à des identifications triomphantes. La question va bien au-delà, elle est en cette terre d’interrogations que les hommes partagent avec les femmes : quels sont les lieux du corps, quels sont les lieux de la pensée qui désirent, qui aiment et puis qui meurent en emportant avec eux le signe de la liberté ?
Ces lieux forment un archipel épars où chacun des dessins fait escale.
Le séjour à Paris a introduit dans ses œuvres quelque chose de nouveau… la violence, la solitude, la découverte du racisme, tout cela entrelacé d’une tendresse inexpugnable. Voilà l’Eden de Topkapi totalement englouti dans un enchevêtrement douloureux : dans les textes, des cris de nostalgie ou de scandale, l’image ricane jusqu’à la caricature.
Textes et images maintiennent leurs entrelacs. J’appelle arabesques ce système neuf de tension âpre où le mot et la forme prennent ensemble un même deuil. Paris n’est pas la terre promise.
Un nouveau silence, des oppressions nouvelles. De plus en plus loin d’elle-même, Ody Saban se sent proche de tout, blessée, happée par tout.
Où est-elle donc Ody Saban dans tout cela ? mais je n’ai cessé d’y penser un seul instant : où est-elle ?
Je la cherche avec vous, et je peux vous dire maintenant que ce qui précède n’est là que pour expliquer pourquoi vous ne la trouvez pas.
Elle est ici, elle est là. Non ;ni ici, ni là : elle est ailleurs. Mais comme à ce jeu du furet elle court sur un même fil, le sien, celui d’une quête d’identité qui refuse tout emprisonnement, toute fixité ---- l’exil, elle paraît non le subir mais se l’imposer.
Elle est en un ailleurs qui n’est pas n’importe où ; je veux dire qu’elle est d’abord là où son histoire, sa culture, son enfance l’ont tissée, circonscrite, encerclée, tout en lui donnant les clefs et l’alphabet de sa rêverie libératoire ---- le voyage, le passage, l’exil, le déplacement. Est-elle dans le texte ? est-elle dans l’image ? elle est partout comme l’espace se répand au jardin, dans les allées, comme dans les tiges et les troncs la sève.
Elle court sur ses pieds d’enfant.
Je crois qu’elle poursuit une quête qui n’a aucun but final, une quête dont le but est immémorial et la fin est in assignée. Dans son geste il n’y a rien d’inaugural et rien qui marque non plus un point d’achèvement.
J’ai l’impression en voyant son travail de la surprendre en cours de route et de faire avec elle pendant un temps la partie d’un chemin ; mais nous nous séparerons à nouveau, nous en avons besoin l’une et l’autre, et elle me surprendra encore sans doute, un autre jour, plus tard.
Son foisonnement, ses bourgeonnements sont imprévisibles bien qu’ils soient habités par les impératifs du rythme de l’écriture dont les règles lui viennent de sa mémoire d’enfant.
Cette mémoire, qui est celle de tous ses apprentissages et de sa servitude, loin de la déterminer dans le territoire exigu de la contestation culturelle ou sociale, lui a ouvert les portes de tous les continents et surtout des continents imaginaires. Ses déplacements réels n’en sont que les métaphores.
Au centre de tout cela je reconnais quant à moi la fertilité des déserts. Dans les traditions orientales on raconte que ceux qui vivent dans les sables les plus arides, sous les schistes brûlés, sont tôt ou tard assiégés par les hordes lascives des tentations les plus pulpeuses : l’image est diabolique. Quand on vient en Europe, ce sont les débordements de la vision, la pléthore des images et des objets, alors, on fait inversement l’expérience d’une solitude désertique dans « La jungle des villes ».
Etre seule devient comme une obligation. Je veux dire que la création me semble toujours errer entre ces deux pôles marqués par la désolation : pour ma part je vois Ody Saban entre la double aridité du béton et des sables ; ses gestes, nés de ses rêves, redonnent à ces déserts indéfiniment la fertilité de son premier jardin.
Devait-elle renoncer aux images pour se soumettre à la loi stricte du labyrinthe coranique ? C’était perdre son corps de femme, cette identité profonde dont l’exil lui a montré la trace, la direction souveraine. Devait-elle embrasser la cause de l’imagerie occidentale ? Elle perdait alors son sol, le jardin paradisiaque où son corps d’enfant avait appris à lire et à rêver.
Elle reste ailleurs, dans l’écart. Je crois qu’au stade actuel de son travail ----- et c’est intentionnellement que je parle de stade ou d’étape car je ne prétends pas savoir où elle va ---- le sait-elle ? elle pratique une sorte de migration continue entre le trait qui énonce le sens et celui qui le dérobe lorsqu’il explose dans la figure et la couleur.
Quelque chose comme un vagabondage.

ACTUALITES DU DESSIN
Maison de la Culture de Grenoble
Expo Journal N° 7, Juillet 1980
Par Ody Saban
Pour moi…le dessin…l’amour…est la rencontre de l’axe de vie intérieure/estomac avec l’histoire/extérieure… L’orgasmographie…c’est circuler en sortant du centre vers l’ailleurs…au delà du haut, du bas, du devant, du derrière…du corps, des corps. C’est un Plaisir qui va au delà de la perception visuelle et perspective qui vit au travers des sensations, des émotions, des désirs. Le désir raconte des histoires. J’aime changer l’histoire. Comme dans la vie. Changer d’échelon. Monter, descendre, remonter, redescendre. Et ne pas rester sur la
REVUE ART PRESS
Septembre 1980
Paris
par Dany
BLOCH

1967 Ecritures du prénom de mon amour d’enfance Simon en répétition
ART ET REGARD DES FEMMES
Deux jeunes femmes d’origine très différente, Ody Saban, elle est turque et Judith Wolfe, elle est américaine, ont choisi de présenter ensemble leurs derniers travaux, dans un espace nouvellement ouvert à Paris, 22 rue du Faubourg du Temple, 75011 Paris, voué tout autant à la musique et à la danse qu’aux arts plastiques.
Le travail d’Ody Saban s’est longtemps articulé autour d’arabesque -influences des miniatures turques et de la calligraphie orientale qui mettaient en scène des personnages non identifiables retraçant, au gré d’une ligne fantaisiste et de signes illisibles, les fantasmes d’une mémoire volontairement anarchique. Aujourd’hui, elle travaille sur d’immenses rouleaux de papier, qu’elle déroule petit à petit pour les mouiller, les froisser à même le sol, laissant s’y imprégner d’inégales coulures de peinture. Par le biais de ce « dripping » , la couleur devient signe en fusion, se développant en spirale, s’enroulant sur elle-même, se recoupant souvent, et débouche sur une série d’informations visuelles, parfois répétitives.
Pour O. Saban le geste est fondamental. Parfois machinal, incalculable, incontrôlable, il transmet tension ou équilibre, investit dans sa totalité l’espace du papier par le signe/couleur. Parfois contrôlé, le geste fait naître un conflit entre deux éléments paraissant indissociables (ligne/coulure de peinture, texture sèche ou mouillée, froissée du papier avec ses dimensions, déchirure/limites de la feuille, etc.). Par le biais du geste, l’argument du discours se noue, se perd, se croise puis se rompt définitivement dans un éclatement désordonné de couleurs…
Revue 100 Idées
N°79 – mai 1980
Paris ODY SABAN
Ody Saban, peint sur un grand rouleau à toucher, lisse. Elle va du haut vers le bas, et continue à L’infini. Cela n’a pas le format d’un tableau mais d’un déroulement sans fin. Elle écrit, et elle peint en courant, en marchant, assise par terre, à genoux, elle raconte la société, ce qu’elle voit, ce qui la touche ce qui touche ses amis.
Elle utilise toutes sortes de papiers et sur chaque papier l’outil change : aquarelle, pinceau, plume, fusain, encre. Pour dessiner la mer par exemple, elle trace des vagues en lignes ondulées, qui deviennent écritures, formes ou histoires. « Taches, lignes, mots, formes, figures couleurs ne peuvent pas être séparés les uns des autres, c’est un déroulement sans fin.
Art et Regard des Femmes
22, rue du fg du Temple
Paris